
Grève Nationale du Communautaire à boutte, du 23 mars au 2 avril 2026
Le Centre communautaire du Val-Martin au cœur du mouvement « Le communautaire à boutte »
Laval — Pendant deux semaines, des centaines d’organismes communautaires à travers le Québec ont uni leurs voix dans le cadre du mouvement Le communautaire à boutte. L’objectif : sensibiliser la population et les décideurs aux défis grandissants que vivent les organismes communautaires, notamment en matière de financement et de reconnaissance de leur rôle essentiel au sein du filet social québécois.
À Laval, le Centre communautaire du Val-Martin (CCVM) s’est imposé comme un véritable quartier général de la mobilisation. Organismes partenaires, familles, bénévoles, jeunes et intervenants s’y sont réunis afin de préparer des actions, partager leurs expériences et faire entendre leurs revendications.
Des citoyens qui témoignent de l’importance des services
Pour plusieurs citoyens, la mobilisation a été l’occasion de rappeler l’impact concret du travail communautaire dans leur quotidien.
« Je viens au centre communautaire depuis 2012. Mes enfants et moi avons bénéficié de plusieurs activités, notamment les ateliers culinaires, les activités parent-enfant, les cafés-rencontres, les fêtes de Noël ainsi que de l’aide alimentaire. Les intervenantes sont toujours à l’écoute. Nous avons réellement besoin de ces services dans notre vie quotidienne », témoigne Hasna Waouissilla, mère de trois enfants.
Même constat pour Aicha Fanid, qui fréquente le centre depuis plus de dix ans.
« Nous apprécions notre présence au centre, car les intervenantes sont là pour nous soutenir. Les activités sont variées et renouvelées régulièrement, ce qui est très bénéfique pour nos enfants. Nous souhaitons que le centre communautaire puisse continuer à soutenir les familles », affirme-t-elle.
Plus succincte, mais tout aussi éloquente, Ilham Rharrab résume son message en quelques mots : « Nous vous soutenons. Nous avons besoin de vous. »
Pour les personnes vivant seules, le centre représente également un lieu de socialisation essentiel.
« Au centre, j’apprends à connaître de nouvelles cultures et à partager des moments agréables avec de bonnes personnes. Je m’y sens chez moi », explique France Rivard.
Bénévole depuis plusieurs années, Ginette Thibault souligne quant à elle l’importance du centre dans son parcours personnel.
« Le CCVM est devenu comme une seconde maison pour moi. Il m’aide à briser l’isolement, à aider les autres et à développer de nombreuses amitiés. Nous demandons au gouvernement de reconnaître l’importance de notre travail et de nous donner les moyens de continuer », lance-t-elle.
Une mobilisation qui s’organise
Dès le 23 mars, les préparatifs battent leur plein au CCVM. Le local se transforme en quartier général de la mobilisation. Des bénévoles participent à la création de matériel de sensibilisation destiné aux familles et aux jeunes, tandis que les partenaires communautaires se joignent progressivement au mouvement.
Le 25 mars, plusieurs organismes partenaires convergent vers le centre pour fabriquer des pancartes en collectif et préparer les actions publiques à venir.
Flash mobs thématiques santé et service sociaux
Les jeunes prennent la parole
Le 26 mars marque un moment fort de la mobilisation. À Laval, les adolescentes et adolescents de différentes MDJse réunissent dans le cadre d’une action d’occupation des lieux organisée à l’Aire ouverte.
Dans une atmosphère accueillante, les jeunes expriment leur ras-le-bol face aux conséquences du sous-financement des organismes qui les accompagnent.
Ils dénoncent notamment le manque de ressources, le roulement fréquent du personnel et l’obligation de multiplier les campagnes de financement pour maintenir leurs activités.
Malgré ces difficultés, les jeunes choisissent de s’engager et de prendre la parole publiquement.
Leur mobilisation rappelle l’importance de maintenir des milieux de vie stables, accessibles et adéquatement financés afin de favoriser leur développement et leur participation citoyenne.
Une action symbolique devant le CLSC
La même journée, l’équipe du CCVM accompagne plusieurs familles lors d’une mobilisation devant le CLSC de Chomedey.
L’objectif est simple : permettre aux familles de témoigner de leurs besoins pendant la fermeture temporaire de leur organisme communautaire dans le cadre de la grève.
Toutefois, après plusieurs échanges avec différents intervenants et gestionnaires, le groupe est invité à poursuivre son action à l’extérieur du bâtiment.
Bien que déçues, les familles y voient une démonstration concrète de la place qu’occupent les organismes communautaires dans leur quotidien.
« Cette situation met en lumière l’importance du milieu communautaire dans le filet social », souligne l’équipe organisatrice.
L’événement attire également l’attention des médias locaux, notamment du Courrier Laval, venu recueillir plusieurs témoignages. https://courrierlaval.com/manifestation-greve-clsc-laval-communautaire/
Flash mob et appuis publics
Le 27 mars, près d’une cinquantaine de personnes participent à un flash mob au terminus Montmorency. Employés, jeunes, familles et partenaires communautaires se rassemblent afin de poursuivre la sensibilisation du public.
Les jours suivants, la mobilisation gagne en visibilité.
Une lettre ouverte rédigée par Noémie et Charles-Philippe paraît dans La Presse. Cette prise de position reçoit également l’appui du Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA). https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2026-03-30/milieu-communautaire/en-deficit-de-charite-ou-plutot-de-reconnaissance.php
Le 1er avril, le maire de Laval, Stéphane Boyer, publie à son tour une vidéo sur les réseaux sociaux afin de soutenir le mouvement, après que son cabinet eût été convaincu par Joëlle Dorion, la fondatrice de la cellule lavalloise, et Édith, qui ensemble ont rencontré la haute direction du CISSS de Laval, de la Direction de santé publique et l’équipe de la mairie pour les sensibiliser aux revendications du mouvement du Communautaire à boutte et représenter les intérêts des 28 organismes lavallois en grève.
Une marche funèbre pour symboliser l’épuisement du milieu
Parmi les moments marquants de ces deux semaines figure la marche funèbre organisée au départ du Centre Simonne-Monet-Chartrand, sur les boulevards Notre-Dame, Curée-Labelle et Chomedey.
De nombreux organismes communautaires y participent, notamment des maisons de la famille, des maisons des jeunes, des organismes en itinérance, en santé mentale, en justice alternative et en condition féminine.
Des représentants du réseau de la santé ainsi que des élus municipaux sont également présents pour nous soutenir.
L’événement attire près de 200 participants et fait l’objet d’une couverture médiatique sous le titre : « Cortège funèbre symbolique : 200 Lavallois portent le deuil du communautaire ». https://courrierlaval.com/cortege-marche-funebre-laval-deuil-communautaire/
Une démonstration de solidarité jusqu’à Québec
Le point culminant de la mobilisation survient le 2 avril lors de la manifestation nationale devant l’Assemblée nationale à Québec.
Quatre autobus transportant des représentants d’organismes lavallois quittent le Carrefour Laval pour se joindre au rassemblement provincial.
Quatorze membres du CCVM participent à la manifestation, tandis que d’autres assurent une ligne de piquetage devant le Centre Simone-Monet-Chartrand.
À cette occasion, Édith, directrice du secteur famille, prend la parole lors d’un micro ouvert afin de présenter les principaux éléments de la lettre ouverte publiée dans La Presse. Plus de 10 000 personnes étaient rassemblées devant l’Assemblée nationale. https://ici.radio-canada.ca/info/videos/1-10633992/milliers-travailleurs-communautaires-manifestent-a-assemblee-nationale
Un mouvement qui se poursuit
Si les revendications portées par le mouvement Le communautaire à boutte n’ont pas encore obtenu toutes les réponses attendues, les participantes et participants considèrent ces deux semaines comme un succès.
Au-delà des actions de visibilité, la mobilisation a permis de rappeler l’importance du travail réalisé quotidiennement par les organismes communautaires auprès des familles, des jeunes, des personnes isolées et de l’ensemble de la population.
Dans l’attente de la prochaine phase de mobilisation, le Centre communautaire du Val-Martin affirme poursuivre sa mission auprès de la communauté à travers ses différents services, dont la Maison des jeunes, la Maison de la famille, Ça Cliq et l’accueil psychosocial.
Un engagement qui, selon les nombreux témoignages recueillis durant la grève, demeure plus nécessaire que jamais.




