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La socialisation des femmes ou comment devient-on une princesse charmante?

La socialisation des femmes ou comment devient-on une princesse charmante?

Vous êtes-vous déjà demandé ce qui fait que souvent lorsqu’une femme est en colère, elle pleure et au contraire quand un homme a de la peine, il semble être en colère? Sommes-nous nés comme cela, est-ce inscrit dans nos gènes? Pour ma part, je ne crois pas, je ne nie pas qu’il existe des différences entre hommes et femmes, mais à mon avis cela n’explique pas tout.

Qu’est-ce qui fait que la plupart des femmes se sentent souvent sans défense et surtout sans pouvoir? Comment expliquer que l’on accepte sans répliquer les farces plates, sexistes, blessantes, les remarques à double sens, les sifflements, les commentaires désobligeants et parfois même pour certaines d’entre nous, les menaces, l’humiliation et les coups sans réagir et sans nous mettre dans des colères libératrices?

Une partie de la réponse se trouve, je crois, dans le fait que nous n’avons pas appris à nous affirmer et à avoir droit à notre colère. Quand un petit garçon se fâche ou est en colère, on valorise sa colère, on l’encourage à la dire, on est fier qu’il soit capable de l’affirmer. Pour la petite fille, au contraire, on décourage l’agressivité et l’affirmation, on dit d’elle qu’elle n’est pas gentille, on l’encourage à être passive, émotive, douce et généreuse envers les autres. Ses jouets préférés sont ceux qui lui rappellent la tâche qui l’attend dans la vie adulte : poupées, accessoires ménagers, articles de beauté, contes de fées, etc.

On dira que ces choses sont du passé, que l’éducation a changé, qu’on ne fait plus de différences entre les sexes. Mais qu’en est-il réellement derrière nos beaux discours, a t’ont vraiment changé nos attentes et nos attitudes envers les enfants? Même les parents les plus conscients ont peur si leur fille a beaucoup de caractère et qu’elle l’affirme franchement, on dit alors qu’elle est un garçon manqué, même inquiétude pour un garçon qui est plus sensible et qui n’aime pas la bagarre.

Même si les choses se sont transformées, il est encore permis davantage permis aux garçons de bouger, de grimper, d’expérimenter, d’explorer, de risquer et, ce qui est la conséquence de telles activités, de se salir, de se blesser et de déchirer ses vêtements. Pourtant la curiosité, la découverte, le risque, qu’on soit fille ou garçon, sont liés au développement de la confiance en soi, de l’estime de soi. Après, on ose prétendre que les filles sont de nature plus insécures, moins débrouillardes, moins portées vers le risque et la recherche que les garçons.

Nos livres de conte sont aussi bourrés de stéréotypes où le seul modèle proposé aux filles est celui de la princesse rêvant du prince, quand enfin dans les livres, on se décide à présenter une femme qui ne soit pas passive et au service des autres, il s’agit généralement de sorcières, de marâtres et autres spécimens du genre… Pendant que nos garçons rêvent de devenir cow-boys, astronautes, pompiers, pirates ou rois, nos filles rêvent d’être belles, admirées, remarquées, fiancées et épousées (par le Roi).

Le malheur avec ce genre de modèle, c’est que nous apprenons très tôt à être fines et dociles pour être aimées, à user de séduction pour obtenir ce dont nous avons besoin plutôt que de le demander directement. Nous apprenons que le bonheur des autres dépend de nous et qu’une grande partie de notre « job » c’est d’aider les autres et nous nous sentons vite incompétentes si nous n’y parvenons pas.

Difficile avec des modèles comme celui-là de penser d’abord à soi-même, à notre bien-être plutôt qu’à celui des autres et de se sentir légitime d’affirmer nos besoins et de vivre nos colères quand on ne se sent pas respecter. Je pense sincèrement que l’apprentissage des petites filles contribue beaucoup au fait que les femmes acceptent l’inacceptable et qu’elles retournent leurs colères contre elles plutôt que vers les personnes concernées. Nos peurs, nos phobies, nos angoisses, nos dépressions et nos maladies ne sont-elles pas des manifestations de nos colères oubliées, ravalées, refoulées? Je vous laisse sur cette question à mijoter. Si vous souhaitez en discuter davantage, faites-en un sujet de discussion à la maison de la famille, à la maison des jeunes ou au projet Ça CLIQ, nous serons heureux de réfléchir avec vous.

Bonne réflexion!

PS      J’ai écrit cet article en 1991, pourtant je le trouve encore d’actualité, et vous?

Manon Rousseau
Directrice